Cathédrales d'Arbres inaugure un travail sur les arbres. Des arbres ont des troncs multiples. Ils peuvent avoir différents aspects : éclatés, amputés, rabougris, vrillés, contorsionnés, noueux, une grotte à ciel ouvert, parcourus de sillons, ravinés, bosselés.
Leur fût peut être d'une verticalité impressionnante, ou onduler. Les racines souvent massues peuvent dessiner un véritable entre-lac arachnéen. Pour le ficus les racines sont même aériennes et entremêlées. Le chêne des "Quatorze Frères" à Villers-Cotteret peut produire des dizaines de troncs jumeaux. Plus loin de nous, au Galapagos, le palétuvier a ses racines accrochées aux cailloux donnant l'impression de voir une araignée et ses nombreuses pattes. Le vent sculpte les arbres pour l'éternité. Les racines du fromager occupent le sol comme une pieuvre.
A chaque arbre son écorce, jeu de matière, de couleur, de relief ;
ce peut être une succession de petites plaques fragmentées de tailles et contours divers, puzzle géant ; une apparence plutôt lisse uniforme aux dégradés subtiles recouvrant et protégeant comme une peau le bois ; ou une matière heurtée, rugueuse, plaie béante, entaillée, incisée.
Je pense aux bristélécones, certains sont là depuis 5000 ans ; leurs troncs décharnés, tordus dans tous les sens, secs, image de mort plus que de vie. Les dragonniers des îles Canaries, les oliviers de Filitosa sont millénaires, sculptés par le vent et le soleil. Uniques, inoubliables, les couleurs des écorces varient au soleil, et après une averse.
En regardant vers la cime des arbres, des branches naissent d'autres branches prenant des directions et des parcours variés. On passe de la robustesse arrondie du tronc vers le sol, aux branches aériennes qui ont des diamètres de plus en plus petits, plus elles se divisent. Dans les hauteurs c'est même de la dentelle. Les directions sont inattendues, surprenantes, se croisent, passent les unes au dessus des autres, s'enroulent entre elles créant de vrais réseaux de communication. Au dessus des yeux se déploie une partition gigantesque.
Pour le cèdre d'Orient, à peine un ou deux mètres au-dessus du sol, de grosses branches s'éloignent de l'axe du tronc, assez loin, semblent se rapprocher du sol, et puis, s'en éloignent. Elles étendent leur protection autour du tronc.
Je ne peux rester insensible à la stature du tronc, au foisonnement des branches, à leur dessin et à leur mouvement dans l'espace, à cette force de la nature.
Dans les cimes les branches d'un chêne peuvent aller à la rencontre, s'emmêler avec les branches d'un autre chêne. Elles ont un espace de vie en commun. Ainsi devant moi se profile un portail. Une allée de tels arbres comme la Oak Alley en Louisiane m'amène à y voir la nef d'une cathédrale. Ces chênes centenaires quatorze de chaque côté sont comme des piliers de pierre d'où partent dans leurs hauteurs, les arcs doubleau reliant deux piliers en vis à vis assurant la voûte en berceau.
Il n'y a pas les lignes rectilignes, les courbes parfaites, de l'architecture romane ou gothique.
Dans les cathédrales, abbatiales, églises romanes et gothiques règne un certain ordre pour assurer la construction, l'élévation, la pérennité. Dans la nature c'est un certain ordre "désordonné", fourmillant de vie qui créé ces voûtes, cet espace majestueux, ce réservoir d'énergie, cette force spirituelle.
On s'y ressource à l'image de ces constructions de pierre. L'écorce de l'arbre est la pierre des églises, variant d'une région à l'autre, d'une époque à l'autre. Son grain, sa consistance, ses propriétés, sa couleur impliquent telle construction, architecture, possibilité technique.
Elle est l'âme du lieu. Les arbres ombragent, et de tout temps pèlerins et ermites ont été attirés par eux. Dans la pierre il peut y avoir des défauts, des accidents, comme les loupes qui peuvent déformer l'écorce.
On peut se reconstruire aux contacts de ces géants.
Comme des vitraux, la voûte naturelle des branches laisse passer la lumière.
Je ne suis pas parti bien loin pour faire ce photo-murile. La photo représente marronnier, bouleau, peuplier à la naissance du printemps avec leurs branches de plus en plus fines et tortueuses se détachant sur la surface du pignon d'un immeuble.
L'ombre portée des arbres se dessine aussi sur le pignon ainsi que celle d' arbres qu'on ne voit pas. A partir de cette photo où réalité et ombre créent un réseau graphique passionnant, je créé un autre réseau graphique en prenant branches réelles et ombres.
Dans le prochain article, vous pourrez découvrir le photo-murile Cathédrales d'Arbres.

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